Une entrevue avec Jean MATTE alias BALBIZE

 

Parlez-nous de votre travail?

Permettez-moi, s’il-vous-plaît, la plus grande discrétion sur ma façon de travailler.  Le mystère, c’est tellement mieux.  Par contre, pour le fruit de ce travail, laissons les photographies parler pour elles-mêmes. Vous voulez bien.

Vous êtes secret?

Pas du tout.  Nous sommes ici pour les photographies.  Elles seules importent.  Je ne suis qu’un passant qui ramène avec lui des images de mondes qui n’existent plus.  Elles supplantent les mots.  Bonaparte ne disait-il pas qu’une image vaut mille mots…et la connaissance tue la magie selon Cioran.  Je partage totalement ces deux visions.  À chacun son mythe.

Qu’entendez-vous par mythe?

Nous avons tous un récit personnel sur notre condition humaine et le symbolisme que l’on en fait.  Les photographies nous y ramènent si l’on prend l’étroit sentier d’une pause silencieuse dans le regard posé sur chacune d’elles; et de préférence dans la pénombre et l’isolement avec l’image pour en faire une communication privilégiée entre soi et son univers propre.  C’est un instant d’une extrême intimité qui lie l’être avec lui-même sans apport d’une distorsion par des mots.


Et comment vous est venue cette démarche artistique?

Par désespérance.  Par la nécessité viscérale d’étonnements, de surprises, de ces moments du retrait de l’Ordinaire des choses que forme inlassablement les vicissitudes du quotidien.  Retrouver un sentiment apaisant de satisfaction et, à défaut d’une origine extérieure, que cet état émane de mon propre fait.

Le numérique me permet d’épancher cette soif par sa flexibilité et cette possibilité d’expérimenter dans l’immédiat un regard tout aussi instantané quant aux résultats.
Je clique et espère réussir d’en extirper les inattendues d’un monde aux formes et aux textures mirifiques.  Là ma faim est sustentée.

Justement, comment créez-vous  une nouvelle œuvre?

Je ne crée pas.  Je saisis l’instant.  Sans m’interroger, j’évolue dans un contexte que je construis la plupart du temps.  Et même là, j’ai tendance à laisser l’inspiration me guider dans son élaboration.  Je surprends un moment qui se fait anéantir à l’instant même et il me surprend à son tour l’instant suivant.

En parlant d’inspiration, que pouvez-vous nous dire sur les noms des photographies.

Nommer une photographie ne déroge pas du même processus de travail.  Au regard, j’y adjoins une sonorité avec un sens rejoignant ce que je perçois de la photographie…  une question d’imprégnation.  La complicité de la musique et de la littérature en font de précieuses compagnes.  Encore là, je suggère mais à chacun son mythe.

Que souhaitez-vous partager avec l’acquéreur d’une de vos photos?

…la pérennité de l’Étonnement.  Je ne peux que lui souhaiter une intimité avec la photographie la rendant partie prenante de son propre bien-être.  Une compagne des retrouvailles joyeuses ralentissant le temps sans compromis aucune et d’en faire une précieuse complicité, s’y nourrir,  s’y abreuver lorsque la nécessité est en appel d’être.

Exposez-vous actuellement?

Grizzly Montréal me donne cette première chance.

Et quelles sont vos prochaines activités?

Je reconstruis mon site web afin de l’harmoniser avec mes obligations d’exclusivité chez Grizzly Montréal.  Mais mon énergie estivale est tournée vers le théâtre amateur.  Je suis comédien dans la troupe de Monsieur René Gareau qui commémorera la déportation des acadiens de 1755.
Le 9 août prochain, la municipalité de Saint-Jacques, près de Joliette, rendra hommage aux déportés(es) de ce triste fait historique. Publicité en passant ahahahahaha.

 

Merci Balbize, je vous souhaite de passer un bel été et continuez à nous émerveiller avec vos photographies.

 

La Griffe